Mathieu Goudot / Solo

Fort d’expériences multiples où la composition à une place centrale, Mathieu Goudot entame son solo dans l’idée de dévoiler son univers personnel à travers la composition musicale et le chant.

Beyond the looking glass, qui rappelle de près le titre d’un roman bien connu de Lewis Caroll, est construit comme une longue descente introspective vers les mondes souterrains de la conscience. Les jeux de dupe, les faux semblants, les images récurrentes symboliques du passé, les figures du­ regret et en contrepartie une quête de lumière constituent une vision modifiée et poétique du réel. Les guitares électriques, entre nappes sonores et rythmiques saturées, viennent se mêler au chant et à des boucles électroniques hypnotiques pour engager un voyage vers un rivage intérieur lointain et symbolique.

Dans ce voyage où les repères sont brouillés, la musique et le chant sont intimement liés. La composition de l’une ne se fait pas sans l’écriture de l’autre. C’est au fil d’une lente maturation musicale à travers des influences diverses (Nick Cave, 16 Horsepower, Shannon Wright, PJ Harvey et cetera), mais aussi à travers ses expériences propres (Un Vivant Un Poète Un Mort Un Chien, L’Athanor, Maldoror) que Mathieu Goudot expose un tableau rock personnel.

L’aspect introspectif de ces compositions ne fait pour autant de ce spectacle un tableau illustratif d’un mal-être incompris. La tension qui s’en dégage par l’intensité électrique, mais aussi par ce jeu d’aspiration vers une lumière que le chanteur musicien appelle de ses vœux, en fait une expérience vivante où l’émotion a une place essentielle. L’idée générale est que le spectateur accompagne ce promeneur hébété à travers son étrange balade parmi les fantômes du passé et les incertitudes d’avenir. Chacun peut donc, à l’instar de ce qui est raconté, aller au-delà de son reflet pour y trouver les sources de sa déformation. L’expérience de la musique semble être une des rares à permettre à l’esprit de se changer en bien par passion, sans démarche rationnelle. Il suffit de se laisser traverser par l’émotion.

En ce qui me concerne, affronter la scène en solo est une des étapes d’une lente métamorphose qui, je l’espère, mène à une vraie force et une vraie liberté. Il semblerait que nous devions tous nous confronter à nos peurs les plus intimes, à nos lâchetés et à nos manquements pour que le sentiment d’affrontement se transforme en acceptation et pour que le désir ne devienne pas frustration. Ce chemin est une nécessité, il faut le vivre pleinement, en toute conscience.

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